Les phrases musicales

De temps en temps, je m'amuse à écouter des solos - à l'harmonica ou sur un autre instrument - et à les retranscrire en partitions et tablatures. J'apprécie notamment les solos de Sonny Terry, Little Walter et Sonny Boy Williamson II.

Cela m'inspire, quand je prends mes propres solos. Je ne me contente pas d'essayer de replacer dans mes improvisations ce qu'ils ont joué avant moi, mais je m'en sers de base. C'est comme apprendre des récitations par cœur et s'en inspirer pour inventer des histoires.

Il y a des années, j'ai commencé à compiler des dizaines de phrases musicales, ce qui me donne une bonne dose de vocabulaire. J'en ai des centaines, aujourd'hui.

Mais l'improvisation, ce n'est pas tout inventer ?

Il faut être un musicien avancé et assidu, pour improviser librement des mélodies que l'on entend dans sa tête et les jouer aussitôt, sans avoir besoin de se baser sur les phrases musicales des autres.

Si je te demande de me raconter ta semaine, tu vas improviser tes propres mots, tu ne vas pas apprendre un discours que tu vas à peine modifier. Mais si tu es capable aujourd'hui  de parler librement, c'est parce que tu as appris des milliers de mots par cœur, que tu as même appris des poésies par cœur et que tu as beaucoup lu.

Quand je m'amuse à apprendre une autre langue, si je ne la parle pas chaque jour et que je n'apprends aucune phrase, je ne serai jamais capable de m'exprimer dans cette langue.

A force de vocabulaire et d'apprentissage de morceaux, on finit par avoir tellement de notes dans la tête, que l'on parvient à improviser sans y penser. Encore que...

Pour structurer son discours musical, encore faut-il y penser. Mais il est vrai que, plus on travaille de phrases musicales, plus on est à même d'improviser librement.

De toute façon, tu vas improviser avec des notes qui existent, dont des millions de musiciens se sont servi avant toi - tu ne vas pas inventer de nouvelles notes - mais tu vas inventer tes propres solos, à force.

La plupart des gens ne se rendent pas compte de la quantité de travail et de concentration qu'il faut pour arriver au point où tu peux te détacher des modèles et jouer ce que tu entends dans ta tête et que tu ressens. Cela étant, avec les méthodes que j'ai mises au point, tu auras besoin de beaucoup moins de temps que moi, à l'époque où j'ai appris à improviser. Néanmoins, il faut quand même y consacrer un peu de temps.

La plupart des musiciens amateurs travaillent des gammes en montant et en descendant, puis se lancent aussitôt dans une improvisation. Ils s'étonnent qu'ils n'arrivent pas à sortir quelque chose de plaisant et s'étonnent même, quand ils analysent les solos de leur musiciens favoris, qu'ils ne jouent pas les gammes comme ils les ont apprises.

En fait, un solo, c'est comme raconter une histoire : on dit ou on écrit une histoire en faisant des phrases, qui s'enchaînent de manière logique. C'est un aspect très important à prendre en compte dans une improvisation, qui est malheureusement souvent négligé chez les musiciens amateurs.

L'improvisation ne consiste pas seulement à utiliser des gammes ou à insérer un motif dans une progression d'accords : il s'agit en fin de compte de créer de la musique et d'interpréter des mélodies personnelles.

Qu'est-ce qu'une phrase musicale ?

Lorsque que tu improvises une phrase musicale, tu joues le rôle d'un compositeur, ce qu'Eric Boell - célèbre professeur de guitare - appelle le "compositeur de l'instant" (c'est pour moi la meilleur définition de l'improvisateur) : tu crées des mélodies à l'instant t, en suivant la progression d'accords de la grille harmonique. Pour inventer ces mélodies, le compositeur de l'instant joue des phrases musicales.

Dans son ouvrage intitulé Les Fondamentaux de la Composition Musicale, Arnold Schoenberg écrit :

"La plus petite unité structurelle est la phrase, une sorte de molécule musicale composée d'un certain nombre d'événements musicaux intégrés, possédant une certaine complétude, et bien adaptée à la combinaison avec d'autres unités similaires".

"Le terme "phrase" est donc une unité, pouvant se lier à d'autres unités, pour créer un discours musical. Ce que Schoenberg appelle "unité", c'est une suite de notes qui s'enchaînent, avant un silence d'au moins une pulsation. Par exemple, une suite de notes en croches, qui est suivie d'un soupir, dans une mesure à 4 temps :

phrase musicale utilisant la gamme blues mineure et la gamme blues majeure de sol

Le soupir qui suit cette phrase musicale est comme une virgule dans un texte ; une demi-pause - encore plus une pause - joue le rôle d'un point.

Citons encore Schoenberg : "L'accommodement mutuel de la mélodie et de l'harmonie est difficile au début. Mais le compositeur ne doit jamais inventer une mélodie sans être conscient de son harmonie".

Quelle est l'harmonie, ici ?

Le dièse à la clé nous indique que nous sommes en sol. Mais en blues, on joue traditionnellement des phrases ambiguës, oscillant entre le majeur et le mineur. Aussi, sur un accord de G7 (les accords des 2 premières mesures d'un blues traditionnel) je joue les notes de la gamme blues de sol :

sol - sib - do - réb - ré - fa - sol

J'y ajoute même la note mi, qui vient de la gamme blues majeure :

sol - la - sib - si - ré - mi

ou de la gamme mixolydienne :

sol - la - si - do - ré - mi - fa - sol

Schoenberg, encore : "Le rythme est particulièrement important dans la formation de la phrase. Il contribue à l'intérêt et à la variété, il établit le caractère et il est souvent le facteur déterminant pour établir l'unité de la phrase".

Rythmiquement, qu'est-ce ce que je joue dans cette phrase ? Uniquement des croches, la dernière étant prolongée d'un temps (dessinée comme étant une croche liée à une noire). A noter que, dans un un blues traditionnel, les croches sont jouées ternaires.

Pour résumer, une phrase musicale :

  • est une unité musicale, séparée des autres unités par des silences durant au moins la durée d'une pulsation ;
  • est construite mélodiquement en lien avec l'harmonie ;
  • est pensée rythmiquement dans le style du morceau.

De la phrase au plan

J'ai assisté à des centaines de spectacles en direct et, assis au milieu du public, j'aime observer les réactions des auditeurs.

Parfois, dans un club de jazz, on voit des personnes qui ont l'air d'être à fond, qui se trémoussent sur chaque note jouée par le soliste et d'autres soirs, je vois des personnes qui se lèvent pour commander un verre au bar, en attendant patiemment la fin du solo.

Si un habitué des salles de jazz va boire un verre au moment du solo, comment analyser sa réaction ? S'il n'aimait pas le jazz, il ne fréquenterait pas ce genre de salle. C'est juste que le solo l'ennuie. Pourtant, la plupart des musiciens ont un solide bagage musical.

Qu'est-ce qu'un soliste a, qu'un autre n'a pas ?

Lorsqu'un interprète n'attire pas toute l'attention de l'auditeur, c'est généralement parce qu'au moins un de ces 7 éléments lui fait défaut :

  • le soliste joue des notes sans penser en terme de phrases
  • le soliste ne suit pas l'harmonie
  • le soliste se perd dans la structure du morceau
  • le soliste ne joue pas les bons rythmes
  • le soliste est décalé par rapport au tempo
  • le soliste joue trop de notes ou pas assez
  • le soliste ne structure pas son discours

Le dernier point est très important. Car, même s'il joue des phrases musicales cohérentes, il faut aussi que l'ensemble des phrases de son solo soient cohérentes les unes avec les autres.

Imagine que je te serve ce discours :

"Aujourd'hui, j'ai demandé des nouvelles de ma grand-mère. Je n'aime pas beaucoup les pamplemousses. Je joue de l'harmonica chaque soir."

Ces 3 phrases sont cohérentes, les unes indépendamment des autres. Elles ont toutes un sens. Mais ensemble, elle n'établissent pas un discours cohérent.

Lorsque l'on structure son solo, il faut penser en terme de plan.

Par exemple, quand j'ai eu l'idée d'écrire l'article que tu es en train de lire, je l'ai pensé en terme de plan : tout d'abord, je parle de tel sujet, puis de tel autre, je n'oublie pas d'aborder tel point, etc..

Comment bâtir un plan ?

Reprenons l'exemple de la phrase musicale de tout à l'heure

Je peux par exemple répéter cette phrase, avec de subtiles variations, ce qui peut donner :

Plan Harmonica Blues 023

Comment ai-je fait pour développer la phrase musicale des 2 premières mesures ? Tout simplement :

  • j'ai introduit la repise de la phrase par un triolet, en utilisant les notes de la gammes mixolydienne de sol
  • j'ai fini la phrase par les notes mi-ré, au lieu de mi-sol, dans la première version.

Pas de prise de tête, j'ai fait au plus simple et ça fonctionne !

Ce plan, je l'appelle "Plan Harmonica Blues 023".

Un Plan Harmonica Blues chaque vendredi

Tous les vendredis, à partir de 20h00, je t'offre un cours en accès libre, pour t'apprendre à jouer un nouveau plan de blues à l'harmonica. Cela peut aussi inspirer tes amis musiciens qui ne jouent pas d'harmonica, mais qui aiment le blues, car les phrases musicales et les effets que l'on joue à l'harmonica sont bien souvent presque tous reproductibles sur d'autres instruments.

Comment est structuré le cours ?

  1. j'affiche le plan à l'écran, que je joue à l'harmonica, sans les effets
  2. j'analyse le plan
  3. je le découpe en phrases musicales
  4. je travaille chaque phrase rythmiquement (tu peux faire les exercices en même temps que moi)
  5. je joue chaque phrase lentement
  6. je rejoue le plan à différents tempos
  7. j'y ajoute les effets que tu me proposes

A l'issue du cours, tu as la possibilité de télécharger 8 cadeaux :

  • la partition en clé de sol et la tablature harmonica, écrite sous les notes de la portée
  • la démonstration du plan sur un harmonica "bête de course" en Bb (si bémol), accompagné par un vrai groupe de musique
  • une piste d'accompagnement en sol pour jouer le plan avec ton harmonica en C (do)
  • une piste d'accompagnement en la pour jouer le plan avec ton harmonica en D (ré)
  • une piste d'accompagnement en do pour jouer le plan avec ton harmonica en F (fa) ou en F Low (fa grave)
  • une piste d'accompagnement en ré pour jouer le plan avec ton harmonica en G (sol)
  • une piste d'accompagnement en mi pour jouer le plan avec ton harmonica en A (la)
  • une piste d'accompagnement en fa pour jouer le plan avec ton harmonica en Bb (fa)

Comment faire, pour suivre le cours ?

Rends-toi quelques minutes avant 20h00 vendredi, soit :

Comment jouer le Plan Harmonica Blues 023 ?

Pour savoir jouer le plan que j'ai pris en exemple dans cet article, remplis tes coordonnées dans ce formulaire et clique sur le bouton pour accéder aussitôt à tes 8 Cadeaux en téléchargement et voir la rediffusion du Live : 75 minutes de cours en vidéo pour apprendre à jouer le plan pas-à-pas.

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