Le tétracorde, origine de nos gammes actuelles

Histoire de la Musique : troisième épisode…

Il existe plusieurs types de gammes, en fonction du nombre de notes qu’elles contiennent. La plus ancienne est sans doute la gamme pentatonique, que l’on retrouve dans de nombreuses civilisations. Mais la plus utilisée en Europe occidentale est sans conteste la gamme heptatonique (7 notes), comme la gamme majeure do-ré-mi-fa-sol-la-si-do (le do étant répété, on ne considère pas que cette gamme comporte huit notes).

Savez-vous que notre gamme heptatonique provient en fait d’un instrument à cordes de l’Antiquité ?

L'apport d'Aristoxène de Tarente dans la conception de la musique

La phorminx, un instrument grec de l’Antiquité

phorminx

La phorminx, un tétracorde grec de l’Antiquité

Cet instrument à quatre cordes est de la famille des cordophones. Tous les instruments à cordes ne sont pas constitués de quatre cordes : si la contrebasse actuelle, la mandoline et le ukulélé en contiennent effectivement quatre, la guitare en contient six ou douze. La phorminx, dans la famille des cordophones, fait donc partie de la sous-famille des tétracordes.

A l’origine, la phorminx n’était pas forcément accordée sur les mêmes notes, d’un instrument à l’autre. En fait, on accordait ses quatre cordes sur une suite de quatre notes dont le son évoquait un sentiment particulier. C’est cette considération qui a révolutionné la pratique de la musique qui, depuis Pythagore, était fondée uniquement sur le nombre.

Aristoxène de Tarente, premier révolutionnaire de la musique

Au IVème siècle avant Jésus-Christ, environ 200 ans après Pythagore, Aristoxène de Tarente estime que la musique ne doit pas reposer uniquement sur la beauté du nombre, mais surtout sur l’audition. Cela peut paraître paradoxal aujourd’hui que l’on ait pu rester pendant 2 siècles sur les liens directs entre une certaine conception de l’arithmétique et la musique, vu qu’aujourd’hui, même si la musique s’éloigne de la théorie, on est heureux de la jouer et de l’entendre si elle sonne agréablement à nos oreilles.

Mais il a fallu que l’on cherche à se détourner de la conception pythagoricienne qui prévalait depuis déjà fort longtemps, pour créer une musique qui touche notre âme. Sans cette considération, il y a fort à parier que la musique serait restée un art mineur. Grâce à Aristoxène, la musique est en lien avec nos sentiments, nos émotions.

Depuis cette époque, chaque tétracorde porte un nom grec, que l’on peut associer à un sentiment particulier. C’est souvent très subjectif. Je vous conseille de jouer les tétracordes à l’harmonica et de vous concentrer sur ce que vous ressentez.

L’image montant une phorminx vient de : digitalstamp.suppa.jp

Trois tétracordes

Dans ce cours, je vous propose de jouer trois tétracordes :

  • le tétracorde ionien ;
  • le tétracorde dorien ;
  • le tétracorde phrygien.

Pour écrire les notes qui composent un tétracorde, il faut connaître :

  • l’ordre des notes (do-ré-mi-fa-sol-la-si-do en montant) ;
  • la gamme chromatique (avec tous les dièses en montant, tous les bémols en descendant). Deux notes consécutives de la gamme chromatique sont toujours séparées d’un demi-ton.

Voici la constitution des trois tétracordes :

  • le tétracorde ionien est constitué de la succession TTD (comprenez « ton – ton – demi-ton »). Par exemple : do – ré – mi – fa ;
  • le tétracorde dorien de la succession TDT. Par exemple : ré – mi – fa – sol ;
  • le tétracorde phrygien de la succession DTT. Par exemple : mi – fa – sol – la.

Pour comparer la sonorité des trois tétracordes, je vous conseille de les commencer à chaque fois par la même note. Voyons ce que cela donne en commençant par la note la :

  • le tétracorde ionien commençant par la est la – si – do# – ré (3″ 3 4′ 4) ;
  • le tétracorde dorien commençant par la est la – si – do – ré (3″ 3 4+ 4) ;
  • le tétracorde ionien commençant par la est la – si b – do – ré (3″ 3′ 4+ 4).

4+4=7

Un titre à faire hurler Pythagore : une erreur de calcul ? Non : 4+4=8, mais comme la huitième note est la répétition à l’octave de la première note, on considère que la gamme ainsi constituée n’a que 7 sons. Car en effet, en associant deux tétracordes, on peut former une gamme heptatonique, que l’on peut utiliser dans la plupart de nos morceaux actuels. Voyons encore trois exemples de gammes, en associant les tétracordes que nous venons de voir :

  • ionien + ionien = gamme majeure. Par exemple : do-ré-mi-fa + sol-la-si-do = do-ré-mi-fa-sol-la-si-do (1+ 1 2+ 2″ 2 3″ 3 4+) ;
  • ionien + dorien = gamme mixolydienne. Par exemple : do-ré-mi-fa + sol-la-si b-do = do-ré-mi-fa-sol-la-si b-do (1+ 1 2+ 2″ 2 3″ 3′ 4+) ;
  • dorien + phrygien = gamme æolienne. Par exemple : do-ré-mi b-fa + sol-la b-si b-do = do-ré-mi b-fa-sol-la b-si b-do (1+ 1 1+° 2″ 2 3″‘ 3’ 4+).

Ressentez-vous la joie qui émane de la gamme majeure ? Le côté légèrement bluesy de la gamme mixolydienne ? La tristesse qui se dégage de la gamme æolienne ? A vous de noter les sentiments et les émotions que vous ressentez, lorsque vous jouez ces gammes. Vous pouvez même tenir un cahier pour noter vos impressions : cela vous servira grandement dans le choix de vos futurs morceaux, de vos improvisations et de vos compositions.

La musique modale : de l’Antiquité à nos jours

Cette conception de la musique par l’assemblage de tétracordes est caractéristique de ce que l’on appelle aujourd’hui la musique modale, par opposition à la musique tonale, qui utilise presque exclusivement la gamme majeure et la gamme æolienne (que l’on nomme abusivement « la » gamme mineure naturelle).

Si vous voulez en savoir plus sur la musique modale et découvrir d’autres gammes modales (et donc ressentir d’autres émotions), je vous propose d’acquérir un petit livre écrit par votre professeur d’harmonica :

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